Marguerite, étudiante française au cœur du festival de théâtre de l’Ulaval.

Du 23 au 26 mars 2023 se déroule le Festival de Théâtre de l’Université Laval (le FTUL). Depuis 2011, cet événement promeut les talents estudiantins en leur offrant la possibilité de s’exprimer dans un contexte quasi-professionnel. En 2023, près de la moitié des membres organisateurs du FTUL sont des étudiants internationaux. Entretien avec Marguerite Maxit, étudiante française en échange à l’Université Laval, férue de théâtre et bénévole pour le FTUL. Avec son œil d’étudiante internationale elle nous parle de son expérience dans l’organisation du festival, mais aussi de son rapport au théâtre, des différences entre les pratiques théâtrales françaises et québécoises et de bien d’autres choses.

Nikita Guerrieri (NG) : Bonjour, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Marguerite Maxit (MM) : Bonjour je m’appelle Marguerite Maxit, je viens de Haute Savoie. J’ai fait mon lycée à Annecy, puis deux ans d’études à Paris 3 et enfin mon échange à l’Université Laval ! J’y suis inscrite en baccalauréat de théâtre, donc en licence de théâtre, mais comme en France je suis en double licence cinéma – théâtre je prends aussi des cours de cinéma ici à l’université.

NG : Quels sont tes premiers souvenirs de théâtre ?

MM : J’ai commencé le théâtre à neuf ans et j’ai tout de suite adoré ! Ma professeure écrivait elle-même les pièces qu’elle nous faisait jouer. Elle nous faisait danser aussi. Avant de commencer moi-même, j’avais vu ma sœur en faire. Ce qui me plaisait, c’était d’observer tout son travail en amont, son apprentissage des textes et de voir comment le travail individuel de chacun (les lumières, les costumes, le texte…) finissait par créer le spectacle, je trouvais ça beau. En en faisant moi, ce qui m’a très vite plu, c’est le fait de pouvoir incarner des personnages, de pouvoir s’autoriser une certaine liberté sur scène, d’oser des choses qu’on n’oserait pas forcément dans la vraie vie.

NG : Pourquoi est-ce que tu as décidé de partir en échange à l’Ulaval ?

MM : J’ai passé mon bac pendant le Covid. J’aurais aimé passer des concours d’entrée dans des écoles de théâtre mais c’était compliqué… Donc, je suis allée à l’université en me disant qu’un cursus cinéma-théâtre pourrait être intéressant. Sauf que les deux ans à Paris alors que la pandémie continuait n’ont vraiment pas été faciles, et j’ai dû m’accrocher pour finir mon cursus. Je me suis dit que partir en échange me ferait beaucoup de bien, et ça a été ma motivation pendant ma deuxième année de fac, de me dire que j’allais pouvoir partir à l’étranger l’année suivante.

« Les professeurs te poussent aussi à devenir un créateur scénique. »

NG : Quelles ont été tes premières impressions quant à l’enseignement du théâtre au Canada par rapport à celui dispensé en France ?

MM : Ce que je trouve vraiment super à Québec, c’est qu’on travaille avec des professeurs qui sont très implantés dans la scène théâtrale québécoise. J’ai eu des cours d’écriture dramatique avec une dramaturge qui vit vraiment de ça. Et je trouve que cela contraste avec le cursus universitaire très intellectuel tel que j’ai eu l’occasion de l’observer en France. Par exemple, en

France, j’avais une vingtaine de cours de deux heures, ça ne me donnait pas la possibilité d’approfondir, j’ai survolé beaucoup de sujets qui m’ont intéressée mais derrière, je n’ai pas vraiment l’impression d’en avoir tiré des capacités techniques par exemple. À Québec, la structure du programme permet de suivre un cursus qui donne des capacités techniques en jeu. Les professeurs te poussent aussi à devenir un créateur scénique : on a des cours de mise en scène où l’on utilise des projecteurs, on apprend à faire de la régie lumière, son… On a également des projets de création. C’est super pour renouer avec sa créativité et son désir artistique. C’est plus que de la simple théorie.

NG : Comment as-tu entendu parler du FTUL ? Peux-tu nous expliquer ce que c’est ?

MM : J’ai suivi un cours de dramaturgie du Québec au premier semestre. Je me suis retrouvée avec des personnes qui présentaient plusieurs associations dont le FTUL, le festival de théâtre de l’Université Laval. J’étais très contente d’en entendre parler parce qu’à Paris je faisais aussi partie de l’organisation d’un festival de théâtre étudiant, ce que j’aimais beaucoup. La présidente du festival m’a parlé des différentes manières d’aider.

NG : Au sein de l’organisation de ce festival, quelles sont tes responsabilités spécifiques ?

MM : Je suis bénévole, alors je n’ai pas de poste vraiment défini, mais j’ai notamment été chargée de prendre des vidéos pour la promotion de l’évènement, j’ai aussi monté des podcasts qui seront diffusés lors du festival, je me suis aussi occupée du groupe Facebook, j’ai aidé à organiser des soirées pour lever des fonds…

« Briser les conventions »

NG : Quel est le projet du FTUL ?

MM : Le projet c’est de promouvoir les arts vivants, à la fois à l’Université Laval et ailleurs. C’est aussi et surtout de promouvoir les projets d’étudiants qui cherchent à se professionnaliser, en leur proposant une structure qui puisse leur permettre de faire voir le jour à leurs idées. Cela permet aussi à ces artistes d’être rémunérés ! Le FTUL demande des subventions pour l’organisation, la location des salles mais aussi pour rémunérer les artistes. Donc ça donne de la visibilité, ça permet d’être rémunéré et de se lancer dans des projets ! Le thème de cette année c’est « briser les conventions » donc ils cherchent aussi à ne pas se concentrer uniquement sur le théâtre mais aussi sur d’autres formes d’art, moins traditionnelles (performance, théâtre dansé, marionnettes…).

NG : Pourrais-tu nous dire quelques mots de plus sur ce thème, « briser les conventions » ?

MM : Je n’ai pas fait partie de l’équipe qui a décidé de ce thème. Mais je pense que l’une des idées était d’amener plus d’interdisciplinarité, d’ouvrir un peu le champ du théâtre. Ensuite, nous, on a un peu réfléchi sur ce thème et on a trouvé un slogan en trois parties qui est : oser, ensemble, à contretemps. C’est aussi l’envie de voir des projets originaux. Pour autant, mettre en scène des textes classiques, ça reste super, ça nous les fait redécouvrir de manière actuelle. Ce n’est pas un rejet de ça, c’est plutôt une ouverture sur d’autres formes théâtrales auxquelles on serait moins habitués.

NG : Explique-nous le déroulement du festival.

MM : Il se déroulera du 23 mars au 26 mars 2023. Une quinzaine de projets a été retenue : des premières parties et des plus gros projets. Pendant le festival, on va aussi avoir la diffusion de podcasts, des ateliers gérés par les artistes (de slam, d’écriture) à un prix autour de 10 dollars. L’idée c’est d’avoir des tarifs abordables et en même temps de pouvoir financer le festival.

NG : Et toi, tu vas participer au FTUL ?

MM : Oui ! Avec deux amies, on propose un projet que l’on a monté dans le cadre de notre cours de travail théâtral à l’université. C’est une performance d’environ six minutes à la base, qu’on a retravaillée spécifiquement pour le festival pour qu’elle dure environ dix minutes. Notre projet s’appelle Mantra, ça vient d’une musique atonale qu’on a utilisée pour la création de notre composition. À partir de cette musique, on a travaillé sur la recherche de mouvements : comment faire des mouvements qui ne soient pas symétriques, pas dansés, des mouvements qui vont chercher le désaxement… On avait aussi des contraintes comme le fait de travailler avec les matières : j’utilise un collant comme un masque, on a des objets imposants comme le caddie ou le piano… On ne sait pas trop comment les spectateurs vont réagir. Ce n’est pas quelque chose qui raconte vraiment une histoire même si on peut s’imaginer plein de choses à partir des rapports construits entre les personnes par exemple.

Légende : Marguerite Maxit (au sol à gauche), Elsa Gaillard (sur le caddie au milieu) et Kym Bussières (à droite) répètent « Mantra » la performance qu’elle interprèteront lors du Festival de Théâtre de l’Université Laval (23-26 février 2023).

Crédits photo : Marguerite Maxit, Elsa Gaillard et Kym Bussières.

 

NG : Est-ce que tu peux nous parler d’un autre projet qui sera visible lors du FTUL ?

MM : On a sélectionné le projet d’une femme qui fait de la performance, ça s’appelle « Femme table et femme chaise ». C’est un discours politique et social sur la considération de la femme dans la société. On ne savait pas trop comment aborder ce projet mais on a finalement décidé de le retenir et aussi de l’utiliser pour faire la promotion du festival. Cette dame va déambuler dans l’université : à la bibliothèque, à la cafétéria… pour introduire le festival.

NG : Est-ce qu’il y a beaucoup d’étudiants internationaux dans tes cours mais aussi dans l’organisation du FTUL ?

MM : Il y a beaucoup de québécois forcément, mais effectivement il y a quand même des étudiants internationaux. Dans mon programme, il y en a pas mal. Sur une classe d’une dizaine, on est plus d’un tiers à venir de l’étranger. Au niveau du FTUL : la présidente est française et je pense qu’on doit être une moitié de français et une moitié de québécois.

« Même quand ils parlent de sujets dramatiques et graves, il y a toujours une pointe d’humour. »

NG : Tu nous as dit voir des différences entre les enseignements du théâtre en France et au Québec. Est-ce que tu vois aussi des différences jusque dans la pratique théâtrale ?

MM : Avant de quitter la France, j’avais parlé avec une de mes professeures de théâtre qui m’avait dit : « tu verras, les textes dramatiques québécois sont assez exceptionnels. Les auteurs et les autrices québécois sont vraiment forts ». Et je me rends compte que oui, il y a vraiment une particularité québécoise, déjà par le fait d’utiliser des mots québécois, de vouloir que la culture orale du québécois se transmette. Mais ça se voit aussi dans la dramaturgie des textes : même quand ils parlent de sujets dramatiques et graves, il y a toujours une pointe d’humour, ils vont toujours chercher quelque chose qui va permettre de détendre un peu l’atmosphère, et c’est assez impressionnant parce qu’on ne perd pas du tout l’aspect dramatique, on ne perd pas l’horreur de ce qui peut être raconté, mais ça permet d’apporter des contre-points que je trouve vraiment intéressants.

NG : Jusqu’ici, que tires-tu de l’organisation de ce festival ?

MM : Déjà, ça m’a apporté des liens. Ensuite ça m’a permis de découvrir comment fonctionnait un festival. Comme on connaissait un peu les rouages, ça a aussi été plus facile de soumettre notre propre projet. On comprend aussi l’importance d’avoir de bons visuels par exemple… Il y a beaucoup d’artistes qui ont de bonnes idées mais parfois leur manière de les présenter donne l’impression que ce n’est pas abouti. C’est intéressant de se rendre compte de ça. J’ai hâte de pouvoir continuer cette expérience artistique avec les amies de mon nouveau collectif.

NG : Quels sont les métiers du théâtre qui t’intéressent le plus ? Tu te projettes au Canada ?

MM : Je suis très intéressée par le fait d’être comédienne : j’ai envie de développer d’autres capacités de jeu, d’avoir des contrats sur des scènes de théâtre ou encore d’avoir ma compagnie que je ferais fonctionner… Aujourd’hui, je me projette au Canada parce que j’ai rencontré des gens avec qui j’ai envie de travailler, j’ai aussi trouvé des écoles que j’ai envie de tenter. Là par exemple je tente l’école nationale de Montréal en jeu mais je la tente aussi en création et production. C’est une autre dimension qui m’intéresse : permettre à des projets de voir le jour. Il y a des métiers liés à l’image, au son, à la scénographie qui aident le metteur en scène à donner à la scène l’ambiance qu’il souhaite, et ça, ça m’intéresse aussi beaucoup. Il y a également plus d’offres d’emploi pour les techniciens, c’est donc un peu plus sûr.

NG : Pour finir, est-ce que tu pourrais nous recommander un dramaturge québécois ou une dramaturge québécoise ?

MM : Isabelle Hubert. A ne pas confondre avec Isabelle Huppert ! (rires) Je la recommande parce que c’est ma prof et que je l’aime. Mais je recommande aussi Rebecca Déraspe ! Je suis allée voir sa pièce « Les glaces » qui traite de la thématique du viol. C’est dur mais en même temps, comme je l’expliquais, il y a aussi des touches d’humour. Elle questionne le concept de sororité et la nécessité pour les agresseurs de se confronter à ce qu’ils ont fait, quand bien même ils sont nos frères, nos maris, nos époux et qu’on les aime. J’ai trouvé ça fort, ce n’est pas une question qu’on a l’habitude de voir abordée.

Légende : Elsa Gaillard (à gauche), Marguerite Maxit (au milieu) et Kym Bussières (en- dessous à droite) répètent « Mantra » la performance qu’elle interprèteront lors du Festival de Théâtre de l’Université Laval (23-26 février 2023).

Crédits photo : Marguerite Maxit, Elsa Gaillard et Kym Bussières.

 

Propos recueillis par Nikita-Shandra Guerrieri.