Augusta Isabella Alrerici, la psychologie sociale au coeur de la communication
Juliette Bonnin
Originaire de Padoue, Augusta Isabella Alberici a étudié la psychologie sociale puis s’est spécialisée dans la communication politique pendant son doctorat. Enseignante à l’Université du Sacré Coeur de Milan elle a à coeur de transmettre à ses élèves les clés de la psychologie sociale pour mieux comprendre la communication

L’interdependence de la psychologie sociale et de la communication

La psychologie sociale nous permet de mieux comprendre les mécanismes à l’oeuvre lorsque les individus et les groupes communiquent entre eux. La communication et la psychologie sociale s’avèrent interdépendantes selon la professeure car elle stipulent toutes deux que le sens est donné dans l’échange entre les individus qui permet de définir le monde et la société.

Une des clés de compréhension est la communication non verbale. Nous avons donc appris au cours du semestre à interpréter le système kinésique. Selon la règle des 3V qui s’appuie sur des études publiées en 1967 par le professeur Albert Mehrabian, 93 % d’une communication serait non verbale. La communication non verbale permet à travers ses différents signaux de transmettre des significations différentes liées au même contenu verbal. Pour Augusta, elle est particulièrement utile pour analyser les discours politiques, et les discours de communication de crise comme ceux des dirigeants pendant la pandémie du Covid-19. Elle se révèle cruciale dans la compréhension des messages, surtout depuis le début de la pandémie et l’obligation de porter le masque chirurgical.

Les réseaux sociaux sont un nouvel espace de communication et de socialisation. Mc Luhan parlait en ce sens de « village glogal » pour décrire le net. Selon la professeure, les réseaux sociaux ont un pouvoir énorme sur notre société tant ils changent nos relations avec autrui. Les sentiments et les émotions partagés sont souvent extrêmes et rien n’est mesuré. Les personnes sont exposées à de nouveaux risques comme la diffamation ou le harcèlement. Augusta conseille la lecture de l’ouvrage intitulé : ‘Reclaiming conversation. The power of talk in a digital age’ de la professeure en sciences sociales américaine Sherry Turkle. Ce livre explique comment la conversation en ligne a profondément bouleversé la communication mondiale.

L’influence sociale en communication

La psychologie sociale s’est toujours intéressée aux processus d’influence selon la professeure. La communication d’influence est un ensemble de moyens et d’actions visant à convaincre ou à dissuader. La persuasion opère donc dans des situations ordinaires de communication et également sur les réseaux sociaux. Augusta pointe en effet ces derniers du doigt pour leur invitation au conformisme. En effet, la plupart des utilisateurs suivent des gens qui leur ressemblent avec les même idées qu’eux. La tendance à suivre l’idée dominante est encore plus forte sur les réseaux sociaux, le résultat est qu’on ne se confronte plus à des choses différentes. Notre vision du monde est donc étriquée.

Le conformisme est un mécanisme puissant et influence notre vie sociale au quotidien. Il influence notamment les décisions d’un individu au sein d’un groupe. Selon Augusta, l’expérience du psychologue Asch en est le meilleur exemple. Au cours de cette expérience réalisée en 1951, le professeur invite un groupe d’étudiants à participer à un prétendu test de vision. Les réponses des étudiants au test démontre le pouvoir du conformisme, ils se conforment à la position de la majorité même si elle est manifestement incorrecte. Le degré de consensus et la taille du groupe sont des facteurs qui influencent la tendance au conformisme.

La psychologie affecte toute la communication en générale car plusieurs processus cognitifs et sociaux entrent en jeu lors de la création d’un message. La

professeure aime faire intervenir des experts en psychologie sociale et en communication dans ses cours car ils permettent aux étudiants de se rendre compte du monde du travail. Ils sont un exemple concret de la réalité du métier de communicant à l’extérieur de l’université.

Juliette Bonnin