Au Brésil, des quotas pour favoriser la diversité et l’inclusion
« En faveur des quotas ! L’USP va être noire » - Manifestation pro-quotas à l’Université de Sao Paulo en 2018. Crédit : Universo Online (UOL)

A l’Université de São Paulo, une politique de quotas raciaux et sociaux réservant la moitié des places aux élèves issus de lycées publics et en particulier aux noirs, aux métis et aux indiens a été mise en place*.

Publique, gratuite et reconnue comme la meilleure université du Brésil, l’Université de São Paulo (USP) est l’un des établissements les plus sélectifs du continent américain. En 2023, pour 100 000 candidats ayant tenté le concours d’entrée à l’USP, 8 % ont décroché une place. Bien que se présentant comme une université démocratique, son caractère sélectif en fait un vecteur de reproduction des inégalités socio-économiques et raciales.

Pour entrer à l’USP, les lycéens doivent passer un concours appelé le vestibular. Les résultats de ce concours montrent une meilleure réussite des élèves issus de l’enseignement privé. Amós, étudiant en Publicité à l’Ecole d’Art et de Communication de l’USP (ECA – USP) souligne les paradoxes de cette réalité : « L’ironie de la situation, c’est que les lycées publics comptent principalement des noirs et des pauvres mais lorsqu’on arrive à l’université publique, la majorité des étudiants sont blancs et riches ».

L’université publique reflète et perpétue les inégalités sociales : « Alors que la majorité de la population brésilienne est noire, métis ou indienne (environ 52 %), ces personnes représentaient à peine 10 % des effectifs dans les universités avant les quotas », explique ainsi Amós. Les statistiques raciales, autorisées au Brésil, permettent de mettre en évidence cette corrélation entre l’appartenance ethnique, le niveau d’éducation et le niveau de vie. « Parmi les 52 % de brésiliens racisés, 90 % sont issus de classes sociales défavorisées. L’éducation, et par conséquent les emplois obtenus par ces personnes, ne leur permettent pas de s’élever dans la pyramide sociale et les maintiennent dans les mêmes classes ».

 

« Pour des quotas trans ! » Des étudiants luttent pour une extension des quotas prenant en compte les discriminations liées à l’identité de genre. Crédit : Maryse Lars

 

Amós, étudiant à l’Ecole d’Art et de Communication de l’USP (ECA – USP) Crédit : Amós Junio

Une loi de discrimination positive pour faire face à l’urgence de la situation

Pour lutter contre l’inertie sociale, une loi de discrimination positive a été votée au niveau national en 2012. Elle est appliquée à l’USP depuis 2017. Cette loi oblige à réserver 50 % des places des universités fédérales à des étudiants venant de l’enseignement public et, parmi ces places, certaines sont spécifiquement réservées aux personnes à faibles revenus, aux personnes en situation de handicap et aux personnes noires, métisses ou indiennes.

L’adoption de cette loi fait suite à des débats portant sur à l’injustice du système de sélection du concours d’entrée, selon lesquels le vestibular reproduirait les inégalités socio-économiques. Si les lycéens issus d’écoles privées sont favorisés, c’est entre autre car ces élèves ont accès à des cours payants de meilleur qualité, et orienté vers la préparation des concours d’entrée. Les quotas sont envisagés comme un moyen pour rendre cette sélection plus juste.

Six ans après, des améliorations visibles à l’USP

En 2022, pour la première fois depuis l’adoption du système de quotas, la majorité des étudiants à intégrer l’USP étaient issus de lycées publics. Le nombre de personnes racisées à entrer à l’université ne cesse, lui aussi, de croître chaque année. « Non seulement les données le montrent, mais nos proches et même les professeurs disent à quel point l’université était uniquement blanche auparavant. Le nombre de personnes noires ayant terminé leurs études supérieures dans les années 2000 a été multiplié par quatre, passant de 2,2 % à 9,3 % en 2017 », témoigne Amós. Dans la promotion 2022, le nombre de personnes racisées s’élevait à 22,7 % des effectifs.

De nouveaux leviers pour lutter contre les défaillances du système

Afin de rendre le système encore plus juste, le concours d’entrée a connu deux modifications cette année. D’une part, la candidature des personnes se déclarant comme racisées passe désormais par une commission de vérification afin d’éviter toute forme d’abus. D’autre part, les personnes inscrites dans la voie d’entrée via quotas participent également à la sélection hors quotas, de sorte que s’ils dépassent les résultats des candidats hors quotas, ils intègrent l’USP via le système hors quotas et libèrent une place pour un autre étudiant quotiste.

À la question de savoir si les élèves ayant bénéficié du système de discrimination positive sont victimes de stigmatisation, Amós répond que ce phénomène reste assez marginal. Il est enseigné dès le lycée que les quotas ne sont pas une « aumône ».

Si la route vers l’égalité à l’USP et plus globalement au Brésil est encore longue, cette loi de quotas fait figure d’accélérateur dans un pays ayant connu 400 ans d’esclavagisme.

Maryse Lars

 

*Noirs, Métis, Indiens, (« Pretos, Pardos e Indígenas ») sont 3 des 5 catégories utilisées par l’Institut Brésilien de Géographie et Statistiques (IBGE) dans le cadre du recensement de la population, qui repose sur un principe d’auto-indentification.